Retour à l'accueil

Interview

Quel rôle joue chacun de vous dans vos créations à « quatre mains » ?

VP : C’est difficile à dire. Quand on a le nez dans notre travail, on n’a pas vraiment le recul nécessaire pour analyser clairement les choses. Nous sommes évidemment complémentaires. Quand Stéphane apporte beaucoup au scénario, j’interviens peut-être davantage devant la caméra, pour la mise en scène. C’est chaque fois en parlant beaucoup ensemble que l’on arrive à nourrir les projets, en jouant au ping-pong avec nos idées, en se renvoyant sans cesse la balle.

Dans Panique au village, les personnages, les objets ne sont pas tous à la même échelle ? C’est inhabituel pour un film…

SA : Deux raison à cela. D’abord parce que ça nous amusait ! Ensuite, parce que nous avions envie d’aboutir à un résultat aussi spontané que possible, sans vouloir absolument tenir compte des proportions. Par exemple, quand les personnages entrent dans la maison, celle-ci paraît minuscule, mais quand ils sont à l’intérieur, elle paraît démesurée. On aime bien que les personnages soient de taille différente, on trouve cela plus intéressant que de devoir tout respecter à la lettre et vouloir à tout prix reproduire la réalité.

Il y a comme une volonté de ne pas faire trop « léché », trop fluide ?

S.A. : En ce qui concerne la série, c’est aussi par manque de temps ; il fallait foncer. Mais oui, ça fait partie du côté brut qu’on aime bien. Même si pour le long métrage, nous avons travaillé l’image avec plus d’attention.

V.P. : Pour réussir le passage sur le grand écran, nous devions affiner la qualité de notre travail, en apportant aux lumières un soin particulier. Cela dit, on garde toute la spontanéité dans l’animation et dans la façon de raconter. Il fallait que ça ait l’air naturel, sans que l’on sente le côté laborieux, le travail méticuleux que nécessite le cinéma d’animation.

Vous pratiquez un humour proche de l’absurde, très « nonsense », un peu « british », non ?

S.A. : Dernièrement, j’ai découvert la première création des Monty Python, la série télévisée Flying circus. Ils étaient incroyablement novateurs, ils trouvaient des idées toutes simples mais géniales, j’aime énormément ce feeling. Pour autant, nous n’avons jamais pensé à eux comme source d’inspiration. La série fut parfois comparée aux univers de Tati ou Buster Keaton. Mais nous revendiquons nos propres univers contenant leur propre justification, avec un rapport à la psychologie en totale rupture, personnel et étrange.

Alors, d’où vient-elle, votre inspiration ?

V.P. : De tout ce qui nous entoure et nous amuse ! Ce qui se passe dans la rue, une photo vue dans un journal, etc… Ce sont les petits détails de la vie quotidienne qui nourrissent notre travail.

Vous avez utilisé au cours de votre carrière de différentes techniques d’animation : papier découpé, objets animés, pâte à modeler… L’une d’elles a-t-elle votre préférence ?
S.A. : Celle de Panique au village correspond assez bien à ce que l’on a toujours cherché à faire. C’est-à-dire avoir une liberté maximum ave une technique simple et complète en même temps, puisqu’en privilégiant un décor pas trop compliqué, on parvient à développer un univers.

Quel a été pour vous l’enjeu artistique qui vous a incités à faire un long métrage ?

V.P. : Arriver à raconter une histoire, à développer un récit plus long et plus construit qu’une suite de sketches. Puis, tout en conservant la technique d’animation de la série, qui est assez nerveuse, on voulait réussir à calmer le rythme… mais toujours en gardant des personnages rigides. Ce qui est un exercice assez complexe.

S.A. : Nous souhaitions développer les différents univers évoqués dans les courts métrages, tout en prenant le temps de montrer les choses.

Quelle a été l’idée de départ du film Panique au village ?

V.P. : L’histoire que nous avons choisie de développer, est inspirée des Voleurs de cartes. C’est l’épisode qui avait rencontré le plus grand succès en festival, auprès des critiques et du public. Les héros de Panique découvraient un monde parallèle au leur : l’Atlantide.

S.A. : Cette coexistence de deux mondes diamétralement opposés et dont l’un ignore l’existence de l’autre, est génératrice d’énergie, du souffle nécessaire aux longs métrages. Embarquer nos personnages à la découverte de ce monde inconnu nous a tout de suite procuré le côté « aventure » dont nous avions besoin pour dépasser les scénarii de la série et trouver un nouveau souffle.

Comment vos personnages ont-ils vécu le passage du court (5 minutes) au long (1h15) ?

S.A. : Pour réussir le passage d’un format à l’autre, il nous fallait impérativement développer la psychologie des personnages et les liens qui les unissent. Regarder pendant cinq minutes Indien ou Steven s’énerver sur Cow-boy, ce n’est pas la même chose que les accompagner pendant plus d’une heure ! Nous avons donc renforcé et précisé la relation qui lie les deux frères ennemis que sont Cow-boy et Indien, nous avons cherché à humaniser Cheval (à travers sa relation amoureuse avec Madame Longré) ou encore tenté d’expliquer les états d’âme de Janine et Gendarme… Nous espérons que « l’allongement » s’est bien passé… Le public nous le dira !

  • Videos



  • Photos

Bruxelles Export